La démarche patrimoniale

« Être témoin des faits qui se passent autour de nous »

Le projet Vita Sumus a pour objectif de conserver et mettre à disposition du public et des historiens, des témoignages filmés de personnalités marquant leur époque : artistes, explorateurs, chercheurs, politiciens… Connus ou non, ils sont représentatifs de notre société, de ses tendances, des actions menées et de la pensée contemporaine.

Les interviews filmées ont été réalisées dès 1979 par Philippe Nicolet. Ce passionné d’histoire voit alors dans la vidéo une formidable occasion de pérenniser la tradition orale, précieux complément à l’écriture : désormais la voix d’une personne, ses expressions et le partage de ses émotions peuvent passer à la postérité sans les coûts et les difficultés de la pellicule.

 

Un long tête à tête avec une personne d’un autre temps qui s’exprime à l’abri de toute censure et de tout jugement, voilà ce que les vidéoportraits filmés par le réalisateur ont permis de capter et seront transmis aux intéressés du futur..

Il déclare ainsi devant sa première caméra vidéo à peine déballée, tenue par son épouse:

«Aujourd’hui, c’est le 13 octobre 1979. Pour nous commence une nouvelle vie, la vie vidéo. Nous allons filmer des gens, être témoins des faits qui se passeront autour de nous ».

 

Aussitôt, les interviews filmées démarrent. Sans financement et sans légitimité autre que sa soif de capter des témoignages, Nicolet propose une interview à des personnalités de tous milieux : un cocher vaudois né en 1879 lui raconte son accident de diligence, Jacques Piccard décrit sa plongée sous-marine dans la Fosse des Mariannes. Nicolet invite chez lui des candidats au Conseil national de toutes les tendances politiques, sans d’ailleurs essuyer un seul refus ! Il passe deux jours au domicile de l’astronaute Edgar Mitchell qui lui raconte dans le détail son périple sur la Lune.

Une des particularités de la démarche qui en fait sa valeur essentielle, c’est que les interlocuteurs s’expriment sans limite de temps et peuvent ainsi librement approfondir leur pensée. Pas question de biaiser l’entretien recueilli, les tournages sont préservés dans leur intégralité pour les historiens et le public de demain. En revanche, sur Internet, une sélection sera faite, tenant compte de propos qui pourraient se révéler blessants à l’égard de personnes en vie ou trop intimes pour être publiquement diffusés

Le choix des personnes interviewées

Afin de saisir une vision représentative de notre société, Philippe Nicolet ne limite pas ses choix à des célébrités, mais interviewe aussi des personnages dont l’existence se déroule loin des projecteurs médiatiques. Tous ont de savoureuses anecdotes à raconter, qui dessinent ce puzzle historique.

Le réalisateur juge parfois utile de recueillir les récits de malfrats (tel un collabo non repenti, violeur et trafiquant de femmes réfugiées). Ces témoignages-là sont destinés aux chercheurs et ne seront pas diffusés sur Internet. Mais avant tout, Nicolet choisit des individus qui par leur engagement humain, scientifique, philosophique ou culturel, contribuent à enrichir notre patrimoine, à offrir des graines d’espoir pour l’avenir. Ce sont eux – ces ouvreurs de pistes – que le public rencontrera sur le site de Vita Sumus. Certains sont aujourd’hui décédés, mais tous sont une part de notre présent et appartiennent, par leur engagement, au monde des vivants.

Vita Sumus : nous sommes la vie.

Philippe Nicolet

Philippe Nicolet est né en 1953. A l’âge de 12 ans déjà, il démarre ses premières interviews enregistrées sur magnétophone. A 15 ans, il tourne un premier court métrage en classe et filme son professeur, l’écrivain Jacques Chessex, avec lequel, par la suite, il se liera durablement d’amitié.

Juriste de formation, il travaille 12 ans pour le journal 24 Heures en tant que reporter. Il entame le projet des vidéoportraits en 1979, qui comptabilise aujourd’hui plusieurs milliers d’heures d’interviews filmées de personnalités de tous milieux.
En 1992, il reçoit, en tant que pionnier, le prix culturel vaudois Jeunes Créateurs Vidéo . Il fonde l’année suivante le Studio NVP. Entre 1994 et 1998, il devient le premier rédacteur en chef de la chaîne de télévision régionale lausannoise, TVRL, devenue par la suite La Télé.
Quelques projets de grandes envergures jalonnent le parcours du réalisateur et scénariste : Le signe de Onze heures (2000),  Les Voyages en Orient du Baron d’Aubonne (2005), Aventicum D-Couverte (2015) co-produit par la RTS, L’Esclave et le Hibou – La Grande Histoire d’Aventicum (2016) un film spectacle de son et lumière en 3D.

Il réalise une centaine d’autres projets avec le Studio NVP, dont une partie a été produite à son initiative. Sa passion pour la vidéo et son enthousiasme pour les nouvelles technologies restent intacts aujourd’hui.